Moins de 40 % des ulcères veineux de jambe cicatrisent en moins de trois mois, et le délai moyen de guérison atteint 210 jours — soit près de sept mois de soins. Si vous vivez avec une plaie ouverte qui stagne depuis des semaines, sachez que vous n'êtes pas un cas isolé, mais que cette situation n'est pas une fatalité. Un ulcère de jambe ne guérit jamais seul : en revanche, avec un suivi infirmier structuré à domicile, la cicatrisation reste tout à fait possible. Axelle Delimont, infirmière à domicile à Fleurus, accompagne au quotidien des patients confrontés à ces plaies chroniques, en mettant en place un protocole rigoureux adapté à chaque stade de cicatrisation. Comprendre pourquoi votre ulcère résiste, puis découvrir les soins infirmiers à domicile qui permettent de relancer la guérison : voilà ce que nous vous proposons d'explorer ensemble.
L'ulcère veineux de jambe résulte d'un mécanisme souvent méconnu. Une hyperpression veineuse chronique s'installe dans les veines des membres inférieurs, provoquant une inflammation, une fuite de substances toxiques dans les tissus, puis une hypoxie — c'est-à-dire un manque d'oxygène au niveau cellulaire. Les cellules meurent progressivement, la peau se fragilise, et au moindre choc, une plaie apparaît sans jamais refermer.
Ce phénomène survient lorsque les veines superficielles ou profondes présentent un reflux sanguin, ou lorsque la pompe musculaire du mollet — ce mécanisme naturel qui propulse le sang vers le cœur à chaque pas — ne fonctionne plus correctement. Le profil type des patients concernés ? Principalement des femmes de plus de 50 ans, avec des antécédents de phlébite, de varices, d'obésité ou de station debout prolongée. Chez l'homme, le tabagisme, l'hypertension artérielle et le diabète constituent des facteurs aggravants majeurs.
La cause principale, souvent ignorée, est que l'on traite la plaie en surface sans jamais s'attaquer à l'insuffisance veineuse sous-jacente. Or, avant toute prise en charge, un bilan initial complet est indispensable pour comprendre pourquoi l'ulcère stagne et orienter correctement le traitement. Ce bilan comprend : NFS, glycémie, bilan lipidique, créatinine, albumine sérique (pour le dépistage d'une éventuelle dénutrition), un écho-Doppler veineux et la mesure de l'index de pression systolique au gros orteil (IPSGO). La SFMV (2025) recommande désormais l'IPSGO en remplacement ou en complément de l'IPS classique : un IPSGO ≤ 0,7 confirme un ulcère veineux pur, tandis qu'une valeur comprise entre 0,7 et 1,9 oriente vers un ulcère mixte à prédominance veineuse. Cette distinction est capitale, car elle détermine le niveau de compression applicable — et une erreur de diagnostic peut aggraver considérablement la plaie.
Un chiffre résume tout le problème : sans compression veineuse maintenue, le taux de récidive atteint 97 %. Avec une compression continue et adaptée, ce taux chute à 10 %. Beaucoup de patients aggravent involontairement leur situation en utilisant des antiseptiques inadaptés comme le Dakin ou la Biseptine, en conservant des pansements jamais réévalués, ou en restant sédentaires sans aucune compression. Ces erreurs, compréhensibles quand on n'est pas accompagné, retardent considérablement la cicatrisation.
À noter : la vaccination antitétanique doit être systématiquement vérifiée et mise à jour chez tout patient porteur d'un ulcère de jambe. Il s'agit d'une règle de prise en charge non négociable, indépendante du stade de la plaie ou de son étiologie. Pensez à en informer votre médecin traitant dès le début de la prise en charge si vous n'êtes pas certain de votre statut vaccinal.
Chaque visite commence par un nettoyage minutieux de la plaie, réalisé exclusivement à l'eau tiède et au savon doux, ou au sérum physiologique. Contrairement à une idée répandue, les antiseptiques sont à proscrire : ils déséquilibrent la flore cutanée naturelle, peuvent provoquer des eczémas de contact et ralentissent la cicatrisation. La présence de bactéries sur un ulcère est un phénomène normal qui ne justifie pas de prélèvement systématique, sauf en cas de signes cliniques d'infection. Les signes de surinfection à surveiller à chaque passage — et à signaler immédiatement au médecin — sont : fièvre, érythème local, gonflement des bords de la plaie, cellulite, odeur nauséabonde, augmentation inexpliquée de la douleur et détérioration rapide de la plaie. En cas de surinfection confirmée, le traitement repose exclusivement sur une antibiothérapie générale (adaptée à la culture si possible) — et non sur des antiseptiques locaux — avec un renouvellement plus fréquent des pansements non occlusifs et une détersion chirurgicale si nécessaire.
Vient ensuite la détersion mécanique, réalisée à la curette ou à la compresse à chaque passage. Cette étape, parfois redoutée par les patients, est pourtant indispensable : elle élimine les dépôts fibrineux, les tissus nécrosés et les croûtes qui empêchent la plaie d'évoluer. Lorsque la douleur est importante, plusieurs options d'analgésie existent : la lidocaïne topique à 2 % (utilisée hors AMM dans cette indication, elle agit en 15 minutes) ; la crème EMLA, qui possède une AMM spécifique pour l'analgésie lors des soins de plaies, mais doit être appliquée 1 heure avant le soin sous pansement occlusif et peut fragiliser la peau péri-ulcéreuse ; ou encore, en milieu hospitalier, le MEOPA (mélange oxygène-protoxyde d'azote) pour une analgésie courte. À domicile, nous choisissons l'option la plus adaptée au contexte et à la tolérance du patient. Des bourgeons atones, de couleur rouge foncé, constituent un signal d'alerte : un travail mécanique ciblé, associé au bon pansement, permettra de relancer le processus de cicatrisation.
Au-delà de la plaie elle-même, la peau péri-ulcéreuse (autour de la plaie) présente des altérations spécifiques que nous surveillons à chaque visite : dermite ocre (taches brunes liées à l'hémosidérine), atrophie blanche de Milan (zone blanche arrondie), eczéma variqueux (plaques rougeâtres avec démangeaisons pouvant s'étendre à toute la jambe) et lipodermatosclérose (aspect dit « en guêtres »). Ces signes indiquent une aggravation de l'insuffisance veineuse sous-jacente et sont systématiquement documentés dans le dossier infirmier. Par ailleurs, l'eczéma de contact péri-ulcéreux est une complication fréquente causée par des allergènes à identifier et éliminer : baume du Pérou, fragrances, lanoline, certains conservateurs présents dans des produits topiques, et certains pansements. Ces allergènes peuvent être appliqués par le patient lui-même (automédication) ou par des soignants, sans que le lien soit fait avec la stagnation de la plaie.
Le choix du pansement dépend ensuite du stade précis de la plaie et du niveau d'exsudat observé. Cette sélection est réévaluée à chaque visite — jamais reconduite à l'identique sans observation préalable :
Un point de vigilance essentiel concerne la surveillance des berges de la plaie : des berges macérées sont le signe que le pansement est saturé avant son renouvellement prévu. Il faut alors le remplacer par un dispositif plus absorbant (hydrocellulaire ou hydrofibre à la place d'un hydrocolloïde). À l'inverse, un hydrocolloïde ne doit jamais être utilisé sur une plaie infectée ou très exsudative, sous peine d'aggraver la macération et de retarder la cicatrisation.
Le suivi photographique est obligatoire en Belgique dans le cadre de la réglementation INAMI : une photo est prise dès le premier changement de pansement, puis au minimum toutes les deux semaines. Ces clichés, réalisés dans des conditions standardisées, sont enregistrés dans le dossier infirmier et mis à disposition du médecin traitant.
Conseil : si vous appliquez vous-même des crèmes ou des produits sur votre plaie ou sur la peau qui l'entoure entre les passages de l'infirmière, signalez-le systématiquement. Certains ingrédients courants (lanoline, fragrances, baume du Pérou) sont responsables d'eczémas de contact qui freinent la cicatrisation — et le lien n'est pas toujours évident à établir sans une évaluation professionnelle.
Refaire un pansement tous les jours est inutile si l'on ne traite pas la cause de l'ulcère. La compression veineuse constitue le traitement étiologique incontournable. Sans elle, l'hyperpression dans les veines persiste et la plaie ne peut pas guérir durablement. Le niveau de compression préconisé pour un ulcère veineux pur est de 30 à 40 mmHg (classe III-IV), après vérification préalable de l'index de pression systolique par écho-Doppler. Pour un ulcère mixte à prédominance veineuse (IPSGO compris entre 0,7 et 1,9), la compression doit être adaptée à une pression inférieure à 30 mmHg. Attention : la compression est strictement contre-indiquée dans les ulcères artériels purs (IPSGO inférieur à 0,7). Ces distinctions sont essentielles pour ne pas aggraver une composante ischémique méconnue — d'où l'importance du bilan initial mentionné plus haut.
La pose des bandes est réalisée par l'infirmière selon un protocole strict : patient allongé, jambes surélevées, cheville positionnée à 90°, de la racine des orteils jusqu'à deux centimètres sous le genou. En phase active d'ulcère, des bandages multicouches à étirement court — comme le système UrgoK2® — sont utilisés. Une astuce pratique : poser un mi-bas par-dessus la bande de compression permet au patient de se chausser sans difficulté. Après cicatrisation complète, des bas de compression prennent le relais, à porter quotidiennement et à vie. Si le patient présente des varices sur la jambe non ulcérée, une compression supérieure à 20 mmHg (classe 2 ou plus) est également recommandée sur ce membre controlatéral pour prévenir l'apparition d'un nouvel ulcère de ce côté.
En Belgique, la mutualité rembourse deux bas de compression par jambe traitée et par année civile (classe CCl 3), sur prescription médicale établie via le formulaire Annexe 94A. Les bas doivent être fournis par un bandagiste agréé. Cette prise en charge financière facilite le maintien de la compression au long cours, condition essentielle pour éviter la récidive.
Exemple concret : Mireille Vanderstraeten, 68 ans, résidant à Wanfercée-Baulet, nous a contactées après huit mois de stagnation d'un ulcère veineux de 4 cm sur sa jambe gauche. Lors du bilan initial, son IPSGO mesuré à 0,55 a révélé une composante artérielle que personne n'avait identifiée. La compression à 35 mmHg qui lui avait été prescrite auparavant aggravait en réalité sa situation. Après réorientation vers son médecin et un angiologue, une compression adaptée à moins de 30 mmHg a été mise en place. En parallèle, nous avons repris les soins à domicile avec un protocole de détersion mécanique et des pansements en hydrofibre. Au bout de quatre mois, la surface de la plaie avait diminué de plus de 60 %. Ce cas illustre bien pourquoi le bilan initial — et notamment la mesure de l'IPSGO — est absolument déterminant.
Le rythme des visites à domicile s'adapte à l'évolution de la plaie. En phase active, lorsque l'exsudat est abondant, nous intervenons quotidiennement à trois fois par semaine. Dès que l'exsudat diminue, le rythme passe à un jour sur deux, puis à deux fois par semaine. Pour un ulcère stabilisé en phase de bourgeonnement ou d'épidermisation, un changement de pansement tous les deux à trois jours suffit généralement.
Plusieurs critères guident la décision d'espacer les visites : une réduction de 20 à 30 % de la surface de la plaie au premier mois, un exsudat devenu modéré à minime, des berges saines et l'absence de signes d'infection. À chaque passage, l'évaluation structurée repose sur l'outil TIME — un cadre reconnu qui analyse le tissu du lit de la plaie (Tissue), les signes d'infection (Infection), la gestion de l'humidité (Moisture) et l'état des berges (Edge). Cet outil permet également de justifier les demandes d'avis imposées par l'INAMI.
Sur le plan réglementaire, l'ulcère veineux est classé en soins de plaies complexes par l'INAMI, correspondant à une durée minimale de 30 minutes de soins par jour d'intervention. Depuis décembre 2022, la prescription médicale n'est plus obligatoire pour soigner une plaie dans le cadre du remboursement par l'assurance soins de santé — sauf pour certains actes spécifiques comme le retrait de sutures. L'infirmière référente doit toutefois solliciter l'avis du médecin au plus tard après six semaines de soins, ou en cas de stagnation ou de détérioration de la plaie.
L'ulcère de jambe ne se traite pas uniquement par des soins locaux. Plusieurs facteurs aggravants doivent être identifiés et corrigés dès la première visite. La sédentarité figure en tête de liste : la marche quotidienne, même courte, et les flexions-extensions de cheville activent la pompe musculaire du mollet et améliorent le retour veineux. Ces exercices doivent être réalisés avec la compression en place, même en présence d'une plaie ouverte. À l'inverse, certaines positions sont à bannir absolument : jambes pendantes, jambes croisées, piétinement prolongé sans compression. Au repos, les jambes doivent être surélevées au-dessus du niveau du cœur.
Le tabac constitue un frein direct à la cicatrisation : la nicotine altère la microcirculation et ralentit la régénération tissulaire. Un diabète non équilibré endommage également la microcirculation et compromet la réponse immunitaire locale. Quant à la dénutrition, fréquente chez les patients âgés, elle représente une cause souvent sous-estimée de retard de cicatrisation. Son dépistage passe par le dosage de l'albumine sérique et l'outil MNA-SF. Un apport protéique suffisant et une bonne hydratation sont indispensables pour que les tissus puissent se régénérer correctement.
Lorsque l'ulcère résiste malgré une prise en charge rigoureuse, trois options thérapeutiques complémentaires peuvent être envisagées en coordination avec le médecin :
L'éducation thérapeutique joue un rôle central dans la réussite du traitement. Nous prenons le temps d'expliquer au patient comment s'est formé son ulcère, quels soins sont mis en œuvre à chaque stade, et quelle cible de progression est visée — typiquement une réduction de 20 à 30 % de la surface au premier mois. Montrer les photos d'évolution aide le patient à mesurer le chemin parcouru et à rester motivé. Après la cicatrisation, la vigilance reste de mise : compression à vie, protection de la cicatrice pendant plusieurs mois, surveillance de toute nouvelle blessure. En cas de rechute sans amélioration sous 15 jours, il faut consulter immédiatement. Si aucune évolution favorable n'est constatée après six mois de prise en charge optimale, l'orientation vers un centre spécialisé avec biopsie cutanée s'impose pour écarter toute complication.
À noter : après cicatrisation, si votre médecin vous propose une chirurgie veineuse (éveinage, sclérothérapie), ne la considérez pas comme facultative. Elle corrige le mécanisme d'hyperpression à l'origine de l'ulcère et constitue le moyen le plus efficace de réduire le risque de récidive — un risque qui, rappelons-le, atteint 97 % sans compression et peut rester élevé si la cause veineuse n'est pas traitée chirurgicalement lorsque cela est possible.
Si vous souffrez d'un ulcère de jambe qui ne cicatrise pas dans la région de Fleurus, nous vous invitons à confier vos soins infirmiers à domicile à Axelle Delimont. Nous mettons en place une prise en charge complète — du nettoyage de la plaie à la compression veineuse, en passant par le suivi photographique et la coordination avec votre médecin traitant — dans le strict respect des exigences INAMI. Notre objectif : vous offrir un accompagnement humain, personnalisé et rigoureux, directement chez vous, pour retrouver une qualité de vie que cette plaie chronique a trop longtemps compromise.